La cocaine en Europe , une progression alarmante.
Le marché de la cocaïne est en pleine expansion en Europe: c’est la deuxième drogue la plus consommée sur le continent européen. La " guerre contre la drogue " aux sources mêmes de sa production reste difficile, notamment en Amérique latine. Comment expliquer l’ampleur alarmante que prend désormais le trafic de cocaïne ? Il est possible que la production de cocaïne soit sous-estimée par les services officiels, notamment américains, entraînant une baisse générale de la vigilance et plus de marge de manœuvre pour les narcotrafiquants. Alors que l’Italie devient le premier pays consommateur de cocaïne au sein de l’Union européenne, les chiffres font état d’une banalisation, d’une augmentation et d’une " démocratisation " de sa consommation. L’Europe est ainsi le deuxième marché visé par les narcotrafiquants après les Etats-Unis. L’Union européenne doit prendre conscience de cette augmentation du trafic de cocaïne et envisager un renforcement de sa politique de lutte contre le crime organisé et le trafic de stupéfiants.
La cocaïne est la deuxième drogue la plus consommée en Europe, après le cannabis. D’abord réservée aux élites elle est en voie de démocratisation et utilisée dans les milieux festifs (raves, soirées privées, discothèques...). Chaque année, sa pénétration et sa consommation augmentent de façon inquiétante sur l’ensemble du continent européen. Tenter d’enrayer efficacement un tel problème doublé d’un trafic qui, par définition, ne connaît pas de frontière implique que les solutions, préventives comme répressives, ne peuvent s’envisager qu’à l’échelle du continent.
1. Trafic de cocaïne : une sous-estimation inquiétante
Le trafic de chlorhydrate de cocaïne vers l’Europe explose bel et bien. En Europe apparait une sous-estimation de la consommation qui a éclaté au grand jour lors d’une enquête menée en 2006 par l’Institut Pharmacologique de Milan, grâce a un procédé de " chromatographie liquide à haute pression " (procédé chimique de haute précision). Les recherches de cet Institut montrent que la quantité de produits chimiques (médicaments ou drogue) détectée dans les eaux usées équivaut au volume de ces mêmes produits consommés par la population. Ainsi, la cocaïne retrouvée en aval de l’agglomération milanaise (5 millions d’habitants) dans le fleuve Pô établit la consommation quotidienne à environ 40 000 doses quotidiennes. Or au même moment, les autorités estiment cette consommation à 15 000 doses/jour.
Cette différence statistique montre que les chiffres des différentes sources (rapports, ouvrages, articles) sont à interpréter prudemment. Ainsi, par exemple, les statistiques de la délinquance ordinaire, reposant d’abord sur les déclarations des victimes et l’interpellation des malfaiteurs, ne reflètent pas l’exacte réalité car toutes les victimes ne déposent pas plaintes et tous les malfaiteurs ne sont pas arrêtés. Il en est de même pour le trafic de drogue, domaine dans lequel les estimations s’appuient surtout sur les saisies ou le volume des surfaces cultivées.
2. Les chiffres de la consommation
En Europe, pour l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), la cocaïne est la deuxième drogue la plus consommée, après le cannabis. Dans l’ensemble de l’Union Européenne, 10 millions d’adultes (3%) entre 15 et 64 ans ont consommé cette drogue au moins une fois. 3,5 millions (1%) en ont consommé au cours des 12 derniers mois, et 1,5 million (0,5%) en ont consommé durant les 30 derniers jours. La cocaïne est le 3ème produit cité en demande de traitement thérapeutique après l’héroïne et le cannabis. Elle représente 8% des demandes des usagers.
Selon un communiqué de février 2007, l’Italie serait devenue le premier pays consommateur d’Europe, détrônant depuis deux ans les Pays-Bas. À Naples, les autorités ont opéré en 2006 une saisie d’une tonne de cocaïne - le record pour l’Italie au cours des 25 dernières années. Dans ce pays, les consommateurs seraient environ 2 millions et débourseraient près de 4 milliards d’euro par an pour cette drogue. Les experts envisagent que la consommation sera multipliée par 5 en 2009 !
En France, une étude de 2006 de l’Office central de répression des trafics illicites de stupéfiants (OCRTIS) a révélé une forte augmentation du trafic et de la consommation de cocaïne en Europe, tandis qu’une légère baisse de celle de cannabis se fait ressentir pour la première fois depuis des années. Pour l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, la cocaïne est l’une des drogues illicites les plus consommées après le cannabis. Son expérimentation concernerait 2,6% des 15 à 64 ans. La cocaïne est plus souvent consommée par les hommes (3,9%) que par les femmes (1,6%). Ainsi le nombre de consommateurs de cocaïne en France parmi les 12-75 ans est estimé à environ 1 million de personnes. La consommation en 10 ans (1995-2005) a plus que doublé chez les 15-64 ans (1,1% en 1995 et 2,6 % en 2005). Ce rapport souligne en conclusion que les pouvoirs publics jugent inquiétant l’usage croissant de la cocaïne, craignant une banalisation de son usage chez les jeunes. Ainsi pour la seule année 2005, 2 807 consommateurs de cocaïne ont été interpellés, ce qui représente une augmentation de 14,2% par rapport à 2004. La chute du prix de cette drogue et son image plus positive que celles du cannabis ou de l’héroïne augmentent sa potentialité de consommation.
3. Une évolution prévisible
En 2003, une Note d’alerte du MCC prévoyait une explosion du trafic de cocaïne. Ces prédictions sont largement confirmées par toutes les données récentes disponibles – et l’Europe est particulièrement touchée. Elle représente, en effet, le deuxième marché visé par les narcotrafiquants après les États-Unis. Sans doute 300 tonnes de cocaïne sont-elles ainsi introduites chaque année sur notre continent, trois fois plus qu’il y a dix ans.La saturation du marché américain, première destination du trafic, oblige les trafiquants à se tournent de plus en plus vers l’Europe. Ceci explique que, l’offre augmentant, les prix baissent, entraînant une augmentation de consommation.
Karen Tandy, directrice de la Drug Enforcement Administration (DEA), a déclaré, au cours de la 25e Conférence internationale sur la répression des stupéfiants, que le trafic de cocaïne en Europe atteint des niveaux similaires à ceux observés aux Etats-Unis dans les années 1980. La situation de l’Espagne est particulièrement préoccupante, puisque transite par ce pays près de la moitié de la drogue destinée à l’Europe. En effet, la plupart des routes d’acheminement de la drogue (sud-américaines, africaines, maghrébines), convergent vers l’Espagne.Selon les sources américaines, dans la zone euro, le prix moyen d’un kilo s’élève à environ 45 000 dollars, soit une fourchette de 33 000 à 77 000 dollars, alors que, selon les sources européennes, il est estimé entre 26 000 à 56 000 euro. Les prix varient en fonction de la qualité de la drogue (son degré de pureté), son lieu de vente et les fluctuations du marché.
En Europe, selon l’OEDT, le prix moyen constaté de la cocaïne dans l’Union européenne a baissé de 22 % entre 2001 et 2006. Aux Etats-Unis, de 1982 à 2003, il a également continuellement diminué, tandis que la pureté de la drogue augmentait (enquête réalisée à partir de tests et de saisies).En France, en 2007, le prix de vente au détail d’un gramme de cocaïne est estimé entre 50 et 80 euro selon la qualité, soit une baisse de 50% par rapport à 1995. Au Royaume-Uni, il est de 35 livres sterling.